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Pouvoir – Opposition : Qui croire ?

mer, 21/12/2016 - 08:20

Aziz a repris depuis un certain temps ses visites à l’intérieur du pays. La dernière en date, celle qui perpétue, depuis six ans, le Festival des Villes Anciennes. Un show plus médiatique que culturel. Une manifestation qui tire sa notoriété de son adaptation avec les festivités commémorant la naissance du Prophète Mohamed (SAW) communément appelé le Maouloud.

En fait, la question toujours posée est : comment apprécier le bilan d’Ould Abdel Aziz qui entre dans la phase critique de son second (et dernier ?) mandat ? Autrement dit : nous sommes en face du sempiternel débat entre une majorité, qui présente le pays comme un Eldorado, et une opposition qui pense que rien n’a été fait. Qui croit même, dur comme roche, que les ressources nationales engrangées au cours de ces dix dernières années, ont été tout bonnement dilapidées !  En fait, une lutte entre extrémismes, entre tout et rien.

 

Les bons points…

 

Pour dire vrai, la Mauritanie avance. Beaucoup de réalisations ont été faites. C’est une réalité. L’aéroport Oum Tounsi est venu combler un vide. Le relogement de près de cent mille familles à Nouakchott a permis non pas d’en finir avec le visage désobligeant des « gazra » (squats) mais d’atténuer sensiblement ce phénomène. Des hôpitaux ont été construits à Nouakchott et dans certaines grandes villes de l’intérieur à Néma, Kiffa, Boghé, Nouadhibou (fondation SNIM). La meilleure carte entre les mains du pouvoir actuel est celle de la sécurité. Protégé (ou épargné), le pays « vend » sa stratégie sécuritaire aux Occidentaux mais également aux pays de la sous-région qui ont pratiquement tous été touché par le fléau terroriste. Donné pour être en difficulté économique, la Mauritanie continue tout de même à assurer ce qui est considéré, ailleurs, comme un « service minimum » : payer les salaires d’une fonction publique de plus en plus importante, commercer avec des institutions financières internationales qui lui renouvellent, chaque année, leur satisfecit, et, plus important, contenir la crise sociale qui, dans d’autres pays, est à l’origine des troubles appelés « printemps arabes ». Des bons points certes, mais qui n’empêchent pas de poser cette autre question : à quels prix ?

 

…Et les mauvais.

 

En termes de rationalité économique, l’on pense que le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz pouvait « mieux faire ». Quand la conjoncture économique lui était largement favorable, entre 2009 et 2013, avec la manne tirée des prix du fer et de l’or, le flux considérable des IDE (Investissements directs étrangers), en provenance des pays du Golfe, grâce à l’action énergique de l’ancien ministre des affaires économiques et du développement, Sidi Ould Tah, devenu, entre temps, directeur général de la Banque arabe pour le développement en Afrique (BADEA). L’homme est aujourd’hui pointé du doigt étant accusé d’avoir « enseveli » la Mauritanie sous une dette extérieure qui a atteint des sommets jamais inégalés (plus de 4 milliards de dollars US).

Son successeur, Moctar Ould Diay, qui a réussi à regrouper sous son autorité, finances et économie, cherche, désespérément, à maintenir le cap du renflouement des caisses de l’Etat, quitte à imposer toujours plus des entreprises privées dont la survie ne tient aujourd’hui qu’à un fil. Les commerçants auxquels on a lâché du lest, jouent à l’équilibriste, en reportant les nouvelles charges (taxes) sur le dos du pauvre citoyen. A l’image du prix des hydrocarbures qui ne répond plus à la règle du marché mais est maintenu à son plus haut niveau, depuis cinq ans, pour que l’Etat engrange une sorte de « plus-value »  justifiée, selon lui, par les besoins de financement du programme « Emel ».

 

Leurres et lueurs

 

En fait, les visites dans les différentes wilayas du pays s’inscrivent dans le nouveau cycle des rapports de force entre le pouvoir et l’opposition.

Un cycle fait de remous, de flux et de reflux qui ne cessent pas de si tôt, même quand les différents protagonistes de la crise politique en Mauritanie accepteraient, miraculeusement, sous la pression des évènements ou de la communauté internationale, de rediscuter des conditions d’apaisement nécessaires à l’organisation des futures élections municipales et législatives, comme le prévoit un dialogue auquel le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) et le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) n’ont pas pris part.

D’ores et déjà, ces deux parties qui constituent ce que l’on appelle « l’opposition radicale », par opposition à l’opposition « participationniste » (CUPAD et autres), prend les devants en annonçant que l’organisation d’un référendum pour changer la constitution, et entamer des élections générales, probablement, avant 2019, est un processus voué à l’échec, parce qu’entrepris sans concertation sérieuse. Comme en 2011 et en 2014. Un niet qui complique un tout petit peu la situation, invivable déjà, dans laquelle se trouve le pays. Et c’est aussi ce qui fait dire à certains que le président Aziz est en train de remettre en place sa stratégie populiste, celle qui lui a permis de jouer le mauvais tour à l’opposition, lors de la « Rectification » et de l’élection présidentielle de juillet 2009 et de 2014. A quelle fin ?

 

SNEIBA Mohamed