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Internet et Web : Transition vers la mobilité

ven, 27/01/2017 - 09:04

Nous l’avons déjà mentionné, mais il convient sans doute de le répéter : une des clés du succès d’Internet et du web est que les technologies qui les sous-tendent ont été conçues comme des abstractions successives de la communication entre ordinateurs. Chaque niveau d’abstraction propose une représentation de cette communication suffisamment générale pour encourager l’innovation et favoriser l’éclosion de nouveaux services. Les technologies d’Internet ont permis la naissance du web, de la même façon les technologies à la base du web dans les années 90 ont permis l’éclosion des différents services proposés aujourd’hui (commerce en ligne, réseaux sociaux, etc.).

Une des évolutions, qui n’était probablement pas imaginée au tout début d’Internet et du web et qui pourtant façonne aujourd’hui notre quotidien, est la mobilité. Selon les chiffres de Statcounter, société qui mesure la fréquentation de sites web, l’usage d’Internet avec des téléphones portables intelligents (smartphones) et des tablettes a dépassé pour la première fois celui avec des ordinateurs de bureau en octobre 2016 (48.7% contre 51.3%). Ces chiffres à l’échelle mondiale masquent des disparités géographiques importantes. Dans les zones du monde en développement, notamment en Asie et en Afrique, où les habitants ont peu accès aux ordinateurs, ce sont les smartphones qui, de loin et depuis longtemps, sont les modes d’accès privilégiés à Internet (Figure 1).

Figure 1 Mode d'accès privilégié à Internet en octobre 2016 (en vert, téléphone portable, en bleu ordinateur de bureau) www.statcounter.com

De l’Internet fixe à l’Internet mobile

Plusieurs facteurs expliquent la transition d’un Internet fixe vers un Internet mobile. Parmi ceux-ci, l’évolution des technologies des réseaux de téléphonie sans fil, en particulier la 3ème génération (3G) au début des années 2000, puis la 4ème génération (4G) une dizaine d’années plus tard, a élargi les débits de données entre serveurs et téléphones.  

Mais le facteur principal à noter est bien la robustesse d’IP et TCP, les protocoles qui fondent Internet. En proposant comme modèle de communication un canal bidirectionnel fiable, indépendant des technologies physiques de transmission des données, ils ont autorisé d’une part la transition du fixe vers le mobile et, d’autre part, les évolutions du web et des autres applications d’Internet (vidéo, téléphonie sur IP, etc., voir figure 2).

 

Figure 2 En proposant une abstraction de la communication entre ordinateurs, Internet permet la continuité de ses applications, telles le web ou la téléphonie sur IP (VoIP, pour Voice over IP, voix sur IP), indépendamment de l'évolution des technologies sous-jacentes

Du web fixe au web mobile

Outre leur caractère mobile, les smartphones ou les tablettes se distinguent des ordinateurs de bureau par leur forme, et particulièrement par la dimension de leur écran. Cette différence a une conséquence directe sur la manière de construire le web.

L’organisation spatiale de l’information est contrainte par les capacités de l’écran sur lequel la page est affichée. Consulter un site web conçu pour un écran d’ordinateur de bureau sur un écran de téléphone ou de tablette est une expérience fastidieuse, du fait de la petitesse des caractères et des images et des zooms incessants que doit réaliser l’utilisateur. Inversement, consulter sur un ordinateur de bureau un site web conçu pour le mobile est frustrant, tant il apparaît que l’espace offert par l’écran est sous-utilisé.

La technologie qui permet de décrire le rendu visuel d’une page web et donc l’organisation spatiale de ses différents éléments est CSS. CSS est neutre vis-à-vis des dimensions du terminal utilisé pour afficher une page. Il est tout à fait possible d’organiser l’affichage d’un document HTML pour un terminal mobile comme pour l’écran d’un ordinateur de bureau avec cette technologie. La version de 3 de CSS apporte toutefois une flexibilité supplémentaire. Elle permet de construire des pages web consultables à la fois sur un terminal mobile ou sur un ordinateur. Cela est rendu possible grâce à l’introduction de règles conditionnelles, qui définissent le rendu visuel d’un document HTML en fonction, entre autres, des caractéristiques physiques du terminal de consultation. Ainsi, un navigateur qui applique une feuille de style CSS à un document HTML le fera en fonction du terminal sur lequel il est exécuté. Les sites web utilisant cette technique sont appelés des sites web adaptatifs. En anglais, on parle de responsive web design, ou simplement responsive design, pour désigner les principes de conception de sites web adaptatifs.

Il est d’usage de distinguer deux approches dans le responsive design. La première consiste à penser la page web avant tout pour être consultée par un ordinateur, et décrit comment les différents composants de la page vont être réduits, voire supprimés, au fur et à mesure que la taille de l’écran diminue. Cette approche était logique lorsque le web était majoritairement consulté par des ordinateurs. La part grandissante de l’usage des dispositifs mobiles sur le web conduit à privilégier l’approche inverse, mobile first en anglais, qui consiste à penser l’expérience utilisateur globale d’un site web avec l’idée qu’il sera avant tout consulté à partir de terminaux mobiles.

Du web aux apps

Le succès des tablettes et des smartphones tient en grande partie aux applications que les utilisateurs y installent. Si certaines fonctionnent sans connexion à Internet (une calculatrice ou certains jeux, par exemple), d’autres reposent crucialement sur cette connexion. Certaines même proposent exactement les mêmes fonctionnalités qu’un site web.

Par exemple, les applications PagesJaunes (pour trouver un numéro de téléphone en France) ou YouTube proposent les mêmes fonctionnalités que les sites web www.pagesjaunes.fr et www.youtube.com.www.pagesjaunes.fr est un site adaptatif qui s’adapte à la taille de l’écran (au prix de la suppression de quelques fonctionnalités, comme par exemple la navigation par régions). Consulté à partir d’un smartphone ou une tablette,www.youtube.com redirige l’utilisateur vers un autre site, m.youtube.com, adapté à ces terminaux.

Smartphones, tablettes et même montres connectées sont... des ordinateurs. Ces ordinateurs diffèrent drastiquement des ordinateurs de bureau ou portables par leur forme, leur taille et les façons dont on interagit avec eux, mais ces différences restent superficielles d’un point de vue informatique. En leur coeur, il n’y a pas de différence fondamentale entre un smartphone et un ordinateur classique. L’installation d’une application sur un smartphone suit rigoureusement le même processus que l’installation d’un logiciel sur un ordinateur.

Pourquoi ces applications et ces sites web pour mobiles coexistent-ils encore ? La question de la coexistence d’applications et de sites web mobiles doit alors être posée ainsi : pourquoi les services en ligne promeuvent-ils un site web pour les ordinateurs de bureau et une application pour les terminaux mobiles ? La réponse n’est pas triviale, probablement pas univoque.

Une réponse réside dans la manière dont les fabricants des systèmes d’exploitation (OS, pour Operating System) ont construit leur stratégie commerciale sur les terminaux mobiles (en particulier Apple avec iOS et Google avec Android qui totalisent ensemble plus de 99% des parts de marché). L’enjeu pour ces sociétés est de conquérir le plus grand nombre possible d’utilisateurs, et de les garder. Pour cela, iOS et Android ont été conçus comme des écosystèmes enfermant l’utilisateur. Si ces systèmes d’exploitation pour terminaux mobiles avaient facilité l’usage d’un navigateur web pour accéder aux services en ligne, l'expérience de ces services avec l’un ou l’autre OS aurait été la même. En promouvant l’usage d’applications qui s’intègrent mieux du fait qu'elles utilisent les mêmes éléments d’interface utilisateur que le reste de l’OS, du fait qu'elles communiquent mieux avec les différents capteurs du terminal, du fait qu'elles sont plus rapides puisque téléchargées une fois pour toute au moment de l’installation, Apple et Google proposent une expérience utilisateur unique.

Cela est renforcé par les politiques de ces sociétés vis-à-vis des applications autorisées à apparaître dans les magasins d’application (Apple est particulièrement pointilleux sur ce point). En définissant les critères d’éligibilité des applications installables par les utilisateurs, elles conservent un droit de regard sur le type d’activité que l’utilisateur peut avoir avec son téléphone et contrôlent donc son expérience. Ces magasins d’applications sont clos et sécurisés, à l’inverse du web. De plus, ils proposent aux développeurs de monétiser facilement leur travail. En outre, l’expérience utilisateur de la facturation est toujours la même par le magasin d’applications, alors qu’elle est toujours renouvelée sur le web. Google et Apple prélevant une commision sur chaque achat, les flux financiers entrants pour eux sont importants (le chiffre d’affaires de l’App Store d’Apple en 2015 a été de 20 milliards de dollars ; d’après leWall Street Journal, une hausse de 43% par rapport à 2014.

 

Source : https://www.fun-mooc.fr/courses/ENSDeLyon/14002S03/session03/courseware/...