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Nouvelle crise du Golfe : la fin des Arabes ?

lun, 05/06/2017 - 19:17

Le torchon brûle entre le « petit » Qatar et ses voisins du Golfe. L’Arabie saoudite et ses satellites (les Emirats arabes unis et Bahreïn) ont décidé, ce lundi 05 juin, de rompre leurs relations diplomatiques avec le Qatar, mettant donc, sous hypothèque,  le Conseil de coopération des États arabes du Golfe (arabe : مجلس التعاون لدول الخليج العربي) ou Conseil de coopération du Golfe (CCG) (arabe :مجلس التعاون الخليج العربي). Une organisation régionale regroupant six monarchies arabes et musulmanes du golfe Persique : l’Arabie saoudite, Oman, le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Qatar.

La mise au ban des accusés du Qatar par ses voisins risque de se généraliser. Déjà, l’Egypte et le Yémen, dont les économies étouffent sans l’aide de Riad, ont suivi le mouvement. Mais de quoi accuse-t-on Doha ? Quels rapports avec la visite de Trump en Arabie saoudite ? Et, quels risques pour les pays arabes déjà enlisés dans les conflits du Yémen, de la Libye, de la Syrie ?

Les pays du Golfe menés par l’Arabie saoudite reproche au Qatar son soutien à des « organisations terroristes ». Une accusation qui ne date pas d’aujourd’hui certes mais qui a été exacerbée, ces dernières semaines, par des « fuites » sur des propos que l’Emir Tamim auraient tenus pour se désolidariser de la cabale arabe contre l’Iran et faire ainsi preuve d’insoumission quant à l’agenda établi lors de la visite de Trump en Arabie saoudite. Cette crise est la plus grave depuis la création du Conseil de coopération du Golfe en 1981. Les rivalités de leadership entre Riad et Doha sont la traduction moderne du combat entre David et Goliath. Deux chiffres seulement montrent l’écart, énorme, entre ces deux pays qui ont pourtant des économies parmi les plus fortes du monde grâce à la rente pétrolière : l’Arabie saoudite c’est 2. 217. 949 km2, et 31. 015. 999 habitants.  Le Qatar, lui, c’est seulement 11.586 km2 et 2.463. 460 habitants. Mais, on peut aller plus loin pour expliquer les « vieilles rivalités » entre un royaume grand par la taille et par la population et un émirat grand par son leadership économique et son ambition démesurée d’être le « centre » du monde arabe, même si la Mecque et Médine sont de l’autre côté de la berge !

Le Qatar c’est surtout un PIB de 145.894 $ (1er), contre 752,459 milliards de $ pour l’Arabie saoudite. C’est aussi cette ouverture au monde, sur un ton différent, que constitue la chaine satellitaire Al jazeera accusée, à tort ou à raison, d’avoir entretenu, « chauffé » même, les révolutions arabes du début 2011, et dont le feu continue aujourd’hui à consumer la Libye, la Syrie, l’Egypte et le Yémen.

 

« Les raisons de la colère »

Les « raisons de la colère » de Riad sont aussi d’ordre stratégique. L’alignement de l’Arabie saoudite sur les thèses américaines en matière de lutte contre le terrorisme et de gestion des crises est contrecarré par le rapprochement de Doha avec Téhéran. Ce hiatus stratégique est certes ancien mais c’est la récente visite de Trump en Arabie saoudite, et son réquisitoire contre l’Iran, doublé de celui du roi Salman, qui a exacerbé les tensions.

Le risque ici est que cette crise entre l’Arabie saoudite et le Qatar risque de se transformer en « Première guerre » arabe. L’alignement des  20 autres pays du monde arabe, et même musulman, sur les deux protagonistes, en fonction des intérêts de chacun, comporte des risques de dérapages. « L’ami de mon ennemi est mon ennemi », et le « avec nous ou contre nous » de l’ancien président Bush, risquent de jouer en cascade dans cette crise qui, il faut aussi le dire, menace la stabilité du monde.

Même si les risques militaires sont minimes, il reste que les échanges commerciaux entre les pays du Golfe et le reste du monde seront perturbés tant que la crise perdure.

La décision de Riyad de fermer toutes ses frontières, aériennes, maritimes et terrestres avec la presqu’île « pour protéger sa sécurité nationale » est un premier pas de franchi sur la voie de l’escalade. Le Qatar a également été exclu de la coalition militaire arabe qui intervient depuis deux ans au Yémen, sous commandement saoudien.

 

Pas une première mais…

 

Il s’agit de la plus grave crise frappant le Conseil de coopération du Golfe (CCG : Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Oman, Qatar), depuis sa création en 1981. Mais c’est loin d’être la première querelle entre le Qatar et ses voisins. En 2014, Abou Dhabi, Riyad et Manama avaient retiré leurs ambassadeurs pendant huit mois de Doha, en signe de protestation contre les critiques d’Al-Jazeera, la chaîne satellite du Qatar, à l’encontre d’Abdel Fattah Al-Sissi, le président égyptien, auteur du putsch ayant mené au renversement de l’islamiste Mohamed Morsi. Pas une première donc, mais les contextes sont différents.

L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche et à sa propension à attiser le feu font craindre le pire. Il soutiendra ouvertement son principal allié dans le Golfe, celui qui vient de lui accorder des contrats d’une valeur de 400 milliards de dollars, contre « l’Axe du Mal » qu’est l’Iran, le Hezbollah, le Hamas et…le Qatar ?

On peut espérer que cette crise n’atteigne pas le reste du monde arabe (le Maghreb et le Proche Orient) qui n’ont pas intérêt à être embarqués dans un conflit qui est plutôt une « guerre » de positionnement. L’Arabie saoudite cherche apparemment à élimer les griffes de l’aigle qatari et à faire respecter son droit d’aînesse. Pas plus. Car la chute de l’Emirat pourrait entraîner dans son sillage celui de toutes les monarchies du Golfe.

SM