Boghé : Décryptage du scrutin référendaire | Elhourrya

video

Elhourriya Zoom

social

Boghé : Décryptage du scrutin référendaire

mer, 09/08/2017 - 09:54

Après une campagne électorale marquée par une morosité sans précédent, les électeurs du département de Boghé se sont rendus aux urnes ce samedi 5 août 2017 pour voter pour ou contre les amendements constitutionnels controversés car rejetés par le Sénat en mars dernier.

Sur les 28 765 électeurs qui étaient appelés aux urnes, 12003 ont répondu à l’appel soit un taux de participation de 41,72% (il était de 62,37% à la présidentielle du 21 juin 2014).

Sans surprise, le OUI l’a emporté haut la main avec 7010 voix sur les 9440 suffrages exprimés soit 74,25 % contre 1834 pour le « non ». On relève un taux élevé de bulletins nuls (1967 au total) en raison de la complexité du mode de scrutin (deux urnes). Mais l’adversaire principal du scrutin est le taux de participation car les principaux d’opposition avaient appelés au boycott. Il s’établit à 41,72% malgré des fraudes signalés çà et là.

Les cadres du département ont sillonné les différentes localités pour expliquer la portée des amendements constitutionnels mais aussi pour dire aux populations que « voter oui serait une marque de reconnaissance au guide éclairé Mohamed O/ Abdel Aziz, le bâtisseur de la Mauritanie nouvelle ».

« On ne doit pas s’opposer à l’Etat qui a construit des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles, apporté de l’eau et de l’électricité », laissent-ils entendre aux pauvres populations. Et, pour mieux les amadouer, nos barons qui tiennent coûte que coûte à garder leurs privilèges, ont utilisé tous les moyens pour convaincre les leurs à se ranger du côté du pouvoir « s’ils veulent voir leurs problèmes réglés ».

Durant toute la période de la campagne, les portes de leurs villas cossues étaient largement ouvertes à leurs parents et amis, aux griots et aux laudateurs de toutes sortes, leurs téléphones étaient aussi accessibles à toute personne qui désire les contacter. Dans la même foulée, quelques enveloppes ont été remises aux coopératives et autres associations féminines pour les amener à « sympathiser » avec le camp du « Oui ».

C’est dans ce cadre que l’ex-général Dieng Ndiaga a organisé du 30 juillet au 1er août, une caravane de sensibilisation dans les communes d’Ould Birome, de Dar El avia et de Dar El Barka pour appuyer des coopératives de femmes, des ASC de jeunes, des lieux de culte, des périmètres agricoles soit une enveloppe globale en espèces de 6,5 millions d’UM.

Signalons au passage que lors des réunions de contacts qu’ils ont tenues au début de la campagne, les leaders politiques ont dû essuyer des critiques acerbes de la part de certains jeunes remontés contre « leur égoïsme » : « Vous êtes insensibles à nos problèmes ; vous ne venez nous voir qu’en période électorale avec vos grosses cylindrées nous promettant monts et merveilles », leur ont-ils crachés à la figure.

Ainsi, mercredi, ces jeunes structurés ou non dans des partis ont sillonné l’unique artère bitumée de la ville pour appeler au boycott de ce scrutin « qui fait la promotion de cadres véreux qui ne se soucient que de leurs poches ». Il a fallu l’intervention de la police pour disperser pacifiquement la manifestation.

Ces critiques doublées d’une indifférence notoire des populations n’ont pas dissuadé les leaders politiques appuyés par l’administration et les directoires de campagne à multiplier rassemblements, réunions, « moubadarates » de soutien aux amendements constitutionnels. Partout, la Chambre haute du parlement (Sénat) est vouée aux gémonies accusée d’engloutir des milliards pour « un travail inutile ». On fait miroiter au bas peuple que « cet argent pourrait servir à financer des projets agricoles ou pastoraux, à construire des écoles, des centres de santé, des routes etc. ».

En lieu et place, « des conseils régionaux plus proches du citoyen seront créés pour mieux répondre à ses aspirations ». Ainsi, les proches des deux ministres du département (celui de la défense M. Diallo Mamadou et des affaires africaines, Mme Khadijettou M/ Mbareck Fall) absents de la scène en raison de leurs affectations dans d’autres régions pour coordonner la campagne, se sont déployés sur le terrain.

A ceux-là s’ajoutent les élus tels que les maires des quatre communes et le député Sow Mokhtar, l’ambassadeur Wagne Abdoulaye Idrissa, l’ex-SG du MID Mohamed El Hady Macina, l’ex-maire Bâ Adama Moussa, Lam Mamadou Amadou (cadre au MET), Sy Daha et les ex-généraux tapis dans l’ombre ont mis les bouchées doubles pour convaincre, non sans difficultés, leurs sympathisants et les indécis de l’opportunité du vote affirmatif aux amendements constitutionnels. Le « Oui » l’a certes emporté mais avec un taux de participation (l’enjeu principal) très faible. A titre d’exemples :

Le Oui l’emporte dans 57 des 58 bureaux du département. Seul Le bureau du village de Sinthiane Diama (commune de Dar El Barka) s’est distingué par son « Non » aux amendements constitutionnels par 110 voix contre 23 !

Ces échantillons illustrent le faible taux de participation enregistré dans presque tous les bureaux. De nombreux observateurs l’expliquent d’une part par le manque de crédit accordé aux politiciens jugés égoïstes, d’autre part par l’appel au boycott exprimé par les principaux partis d’opposition tels que le RFD, l’ADD, le MPR, l’UFP plus ou moins implantés dans le département. En outre, les populations de cette contrée ont le sentiment d’être marginalisées dans les plus hautes sphères du pays.

« Les cadres de la vallée sont sous-représentés, ceux qui partent à la retraite ne sont pas remplacés ! », lance une militante active de l’UPR dans un des rassemblements de campagne. A cela s’ajoutent d’autres frustrations exprimées çà et là dont la politique d’accaparement des terres et des blocages et tracasseries qu’on fait subir aux populations dans les centres d’état-civils. C’est ainsi que les rassemblements n’ont pas drainé des foules. Les slogans n’ont pas été mobilisateurs et les citoyens ont manifesté une indifférence quasi-générale à la « chose » politique conçue comme une machine de promotion de cadres peu soucieux de la « chose » publique.

Dia Abdoulaye
camadia6@yahoo.fr

Source : Terroir Journal