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Des (d)ébats d’Aljazeera

jeu, 04/10/2018 - 10:29

Maintenant que tout est fini, il faut bien qu’on tire au clair certaines choses. Le pouvoir a usé – et abusé – de son pouvoir en fermant le Centre de formation des ulémas (qu’il suspecte d’être une excroissance de Tawassoul) et l’université Ibn Yassin. Des faits « anodins », dans un Etat policier mais aggravés par le contexte : la mesure, prise immédiatement après la sortie des résultats d’une élection qui confirme Tawassoul comme le deuxième parti de Mauritanie (après l’UPR), est vu comme une « sanction ». Si ce que le pouvoir considère comme les « affaires » de Tawassoul avaient été frappées il y a deux ou trois ans, personne ne verrait une quelconque corrélation entre le politique et le religieux qu’on cherche à entacher de relents « extrémistes ».

Ceci dit, l’immixtion d’Aljazeera dans une affaire mauritano-mauritanienne est inacceptable et elle doit être dénoncée par tout bon patriote. Aljazeera a dévié de sa vocation première (informer) pour se transformer en instrument de propagande ne servant que les intérêts de son bailleur. Dans la crise entre le Qatar et ses voisins saoudien et émirati, le parti pris est flagrant. A la décharge d’Aljazeera que, de l’autre côté, Al arabiya joue le même rôle en tirant à boulets rouges sur le petit émirat poussé dans ses derniers retranchements par Riad et Abu Dhabi.

Le présentateur de « Al itijah el mouakes » (directions opposées), Fayçal Al-Kacim, a manqué de clairvoyance et sa volonté de nuire était manifeste. Certes, nous avons nos problèmes de démocratie et de développement, comme tout pays arabe (ou africain), mais le tort d’Aljazeera est de les exacerber à outrance. Et à dessein. Notre prise de position en faveur de l’axe Abu Dhabi-Riad est un choix souverain et il doit être compris comme tel, même si, stratégiquement, la neutralité serait plus payante à moyen et long termes.

L’autre abus du présentateur d’Aljazeera est sa propension à s’en prendre au président Aziz, élu deux fois, bien ou mal (en 2009 et 2014), et qu’il appelle avec malice « le général putschiste ». Sans se rendre compte qu’il critique, indirectement, l’émir du Qatar, son bienfaiteur, qui a poussé son père cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, a abdiqué en sa faveur en juin 2013.

Mon point de vue est que « le linge sale se lave en famille ». Surtout quand il s’agit d’un incident (politique) et pas de faits graves comme les exactions de 1989-1991 pouvant nuire à l’unité nationale.

Elément perturbateur, comme l’ont prouvé les évolutions politiques dans les pays où le « printemps arabe » a fait des dégâts énormes, Aljazeera pouvait bien se passer de ses (d)ébats mus par la recherche du sensationnel et, plus encore, par la volonté de servir un agenda obscur orchestré et suivi par certains « milieux » occidentaux experts en manipulation. Depuis la fin de la guerre froide, ces forces sataniques font en sorte que les troubles se transforment en crises et celles-ci en guerres civiles. Aujourd’hui, elles ont eu raison de la Libye, du Yémen et de la Syrie. Mais demain ?

Quelles meilleures occasions pour les vendeurs d’armes de faire tourner leurs usines et pour les protecteurs d’Israël d’affaiblir ses ennemis arabes occupés, depuis 2011, dans leurs conflits internes.

 

Sneiba Mohamed