Zone Franche de Nouadhibou : cinq ans après… | Elhourrya

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Zone Franche de Nouadhibou : cinq ans après…

mer, 23/01/2019 - 00:58

Où en est la zone franche de Nouadhibou? Cette question revient au devant de la scène, suite à la tenue, dans la capitale économique du pays, et pour la première fois, du Conseil supérieur de l’orientation stratégique de ZFN,  le 21/01/2019, présidée par le Chef de l’Etat, M. Mohamed Ould Abdel Aziz.

Dans une interview accordée à un média panafricain, le président de l’Autorité de la Zone Franche de Nouadhibou, Mohamed Ould DAF, souligne l’importance des chantiers réalisés, au pas de charge, ou en cours : « la Zone Franche de Nouadhibou a poursuivi sa phase d’émergence (…) et s’est mise à améliorer la qualité de ses services publics essentiels pour le développement d’un pôle de compétitivité tout en accélérant le processus de préparation et d’étude des grands projets structurants comme le futur Port en Eaux Profondes et le nouvel Aéroport de Nouadhibou ».

L’état des lieux des activités effectuées en cinq ans d’existence est flatteur. Un aperçu en a été donné, jeudi dernier, par le Directeur général de l’Etablissement portuaire de la Baie du Repos, Yarba Ould Sghair, au nom de la Zone franche, lors d’une manifestation organisée conjointement par l’AZFN et les opérateurs économiques de Dakhlet-Nouadhibou.

Une zone franche est, en termes d’envergure et de difficultés, ce qu’on pourrait vraiment qualifier de l’un des « 12 travaux d’Hercule ». La tâche est on ne peut plus hardie. Les travaux engagés (ou à entreprendre) ont besoin d’expertise, d’abord, d’investissements, ensuite, et de temps, enfin.

En termes d’investissements, les chiffres les plus récents parlent de 400 millions de dollars US (environ 1,4 milliard MRU). Une avancée remarquable par rapport à 2015, le Rapport d’activité disponible pour cette année évoquant un « niveau d’investissement prévu pour les dix prochaines années s’élèvant à un montant global de 142 milliards d’ouguiyas (475 millions de dollars US). Une perspective de développement sur le moyen et long termes qui place la Zone Franche de Nouadhibou sur la bonne voie pour la réalisation de l’un de ses objectifs les plus ambitieux : consolider « sa position d’acteur chargé de l’amélioration de la vie économique et des affaires ».

Les 300 projets agréés par la Zone franche ont généré quelque 2000 emplois permanents et des dizaines de milliers d’autres fluctuants. Cet élan est appelé à connaître un fort développement avec les grands chantiers qui seront lancés dans la perspective de la préparation du Sommet arabe pour le développement économique et social annoncé par le président de la République à son retour de Beyrouth (Liban).

Dans la perspective de son développement futur, la ZFN agira, sans nul doute, sur un choix différent de celui de Tanger, mais complémentaire. Alors que cette dernière, entrée en exploitation en 1999, est positionnée pour accueillir le trafic est/ouest vers les Amériques, la Zone franche de Nouadhibou est favorablement positionnée pour accueillir le trafic nord/sud vers le reste du contient et les grands pays enclavés du Sahel à fort potentiel. Un exemple : des camions quittent Nouadhibou tous les jours pour atteindre Bamako en 72 heures ! Cette dimension géographique, qui fait prévaloir des avantages comparatifs certains, a été prise en compte au moment de l’étude de faisabilité. Elle sera sans doute plus prégnante avec la réalisation du futur Port en Eaux Profondes. L’intensification du maillage routier en Mauritanie, tel qu’il est prévu de Chami jusqu’à Atar et Tidjikja, pour aller ensuite à Bamako via Aïoun (voire Ouagadougou, Niamey, etc) contribuera également à augmenter le volume des échanges sur cet axe en réduisant les coûts des transports. 

Pour se positionner par rapport aux villes portières de la sous région, la ZFN a des arguments à faire valoir, comme :

-              La proximité avec l’Europe et l’Amérique ;

-              La taille de la Zone estimée à 72.000 hectares terrestres et à près de 60.000 hectares en surface maritime ;

-              Une façade maritime de 110 km ;

-              Une Zone économique exclusive (ZEE) de 230.000 km2 ;

-              Des côtes qui comptent parmi les plus poissonneuses au monde, avec un potentiel actuel de 1,5 million de tonnes par an ;

-              Une activité minière en plein développement avec une capacité d’exportation de 12 millions de tonnes par an ;

-              Un Hinterland immense et riche : gisements en or en pleine exploitation, sites pétroliers et gaziers, etc…

 

Nouadhibou, qu’on désignait naguère comme « capitale économique » de la Mauritanie, évoluait dans un cadre relevant de l’informel, au niveau de toutes ses activités. La restructuration en cours de son tissu économique, malgré les appréhensions de certains, donne raison au gouvernement. Contre l’avis de l’opposition, et des détracteurs de la Zone Franche, qui, mettant en avant le gigantisme du projet, pensaient qu’il était à inscrire dans la liste des « bonnes intentions ». Certes, les défis existent, et les difficultés sont quotidiennes, mais le bilan de cinq ans donne du sens, déjà, au slogan de la Zone franche : investir pour le présent et l’avenir.

Les chiffres cités plus hauts sont encourageants à ce stade de la mise en œuvre de ce stratégie de développement de Nouadhibou dont le lancement a été supervisé le 24 juin 2013 par le président Mohamed Ould Abdel Aziz.

 

Attirer les investisseurs

 

La mise en place des conditions appropriées a pour effets de favoriser l’arrivée d’investisseurs tant nationaux qu’étrangers. C’est l’un des plus grands défis auxquels l’AN-ZF fait face aujourd’hui, à côté de l’adaptabilité des habitants de Nouadhibou au nouveau statut de leur ville.

Parce que la Loi 001 du 02 janvier 2013 portant création de la Zone Franche de Nouadhibou est d’inspiration assez libérale, le nombre d’investisseurs et opérateurs économiques déjà installés à Nouadhibou pousse à l’optimisme. Citons quelques noms : OLVEA et IMERYS (groupes français), UNIMER (Maroc), MACAPEL (Espagne), DAMEN (Pays-Bas) et SUNRISE FISHING (Chine). Dans le domaine maritime et portuaire, trois grands groupes mondiaux ont manifesté leur intérêt pour la ZFN. Il s’agit de: China Ocean Shipping Company (COSCO), Dubai Ports World (DP World) et CMA CGM (France). L’offre est on ne peut plus attrayante : un régime dérogatoire qui consiste à supprimer les droits de douane et alléger la fiscalité avec zéro impôt pendant 20 ans pour les investissements stratégiques. La contrepartie ? Les sociétés doivent créer de la valeur et des emplois et, surtout, qu’elles rendent plus compétitif le territoire de Nouadhibou.

L’actuelle équipe dirigeante de l’AN-ZF est consciente qu’il faut maintenant mettre les bouchées doubles pour accélérer la cadence d’arrivée de nouveaux investisseurs mais aussi consolider le partenariat et la coopération avec les institutions financières déjà engagées dans cet ambitieux projet (Banque mondiale, Société islamique de développement du secteur privé (ICD), l’Autorité de la Zone Economique Spéciale d’Aqbaba et la Banque Européenne d’Investissement).

C’est d’autant plus nécessaire que l’AN-ZF « est déterminée à marquer, à bien des égards, un tournant décisif dans le devenir de la ville de Nouadhibou », lit-on dans l’une des publications de l’Institution. Dans ce cadre, l’extension du Port de Pêche Artisanale et Côtière s’inscrit dans « une stratégie d’aménagement dont l’objectif principal est d’atteindre une capacité d’amarrage supplémentaire dans les meilleures conditions de sécurité ». Le gouvernement du Japon, bailleur historique dans la réalisation et les différentes réhabilitations de cette infrastructure stratégique pour le secteur de la pêche, a financé les composantes de ce projet (un quai de 200 m pour bateaux de pêche côtière, 4 pontons d’amarrage pour les pirogues, aménagement d’un terre-plein de 250m2 et aménagement de digues).

 

Rassurer les habitants  

 

Il y a cinq ans, l’idée d’une zone franche à Nouadhibou faisait face à une « résistance » des populations qui n’appréhendaient pas, véritablement, les opportunités qui s’offraient à elles pour recouvrer, sinon dépasser, ce qu’elles considéraient comme « l’âge d’or » de leur Cité, à savoir l’époque où les retombées de la pêche faisaient de cette ville le point de convergence des habitants de toutes les wilayas du pays.

En effet, c’est le rêve de tous les Stéphanois (nom des habitants de Nouadhibou que les Français appelaient Port-Etienne) que de voir leur cité retrouver la prospérité  perdue. La pêche jadis florissante sur le littoral nord mauritanien n’était plus que l’ombre d’elle-même, entre 1990 et 2007. Armateurs, travailleurs du secteur, petits opérateurs et mêmes employés des activités parallèles se plaignaient de la chute vertigineuse de la production. La réorganisation, dans le cadre du statut de zone franche de Nouadhibou, est en train de changer la donne. L’Etat, grâce à la Zone Franche, pourrait s’assurer des ressources beaucoup plus conséquentes que les quelques dizaines de millions d’euros versés annuellement par l’Union européenne. L’anarchie qui régnait, comme du temps des « licences libres » et des sociétés mixtes devrait aussi cesser sous le régime de la Zone Franche, bénéfique en termes d’avantages fiscaux, mais nécessitant un respect strict des nouvelles règles.

Nouadhibou ne sera plus seulement un « port de pêche » ou minéralier. L’Autorité de la Zone Franche pense favoriser la productivité des structures actuelles mais encourager aussi l’installation de nouvelles unités de transformation en accordant un régime sous douane de tous les intrants importés pour des unités de production, et une franchise d’impôt et de taxes pour certaines entreprises de transformation de produit de pêche.

En effet les études de faisabilité, de ce qui constitue le portefeuille de projets prioritaires de la ZFN ont été réalisées avec le concours de la Banque mondiale. En sus de cette étape d’importance, dans la mise en œuvre des plans de développement, « l’adoption d’une loi portant sur les PPP et le cadre juridique attractif de la Zone Franche, déjà en application, vont permettre d’accélérer la mise en œuvre des futurs phases de réalisation de ce portefeuille de projets prioritaires », souligne le président de l’AZ-FN dans l’une des nombreuses interviews visant à booster la visibilité de l’institution. La réalisation d’un nouvel aéroport permettra d’une part de doter la Zone Franche de Nouadhibou d’une infrastructure à même d’accompagner le développement projeté, et d’autre part de libérer l’espace qu’occupe l’aéroport actuel, lequel espace constitue une réserve foncière favorisant  le développement de la ville.

 « Le choix de ces quatre projets repose d’une part sur leur caractère transversal et le rôle catalyseur qu’ils auront dans le développement de tout Nouadhibou, et d’autre part sur les avantages comparatifs et spécificités rendant les projets d’une rentabilité certaine », affirmait, fin 2016, le président de l’AZFN, M. Mohamed Ould DAF.

Le projet phare de la Zone franche reste cependant l’aménagement du Port en eaux profondes dont la position stratégique (à l’intersection des lignes de transport maritime reliant l’Europe, l’Afrique et les Amériques) va renforcer la position stratégique de Nouadhibou.

La réalisation de ce Port en eaux profondes changera conséquemment la donne actuelle, en faisant de Nouadhibou « un nouveau carrefour pour l’Afrique sur la façade atlantique », estime le président de l’AZFN : « d’une part en ce qui concerne la commercialisation (des) propres produits de pêche pénalisés jusqu’à présent par des surcoûts engendrés par la faiblesse des infrastructures portuaires existantes ;mais aussi par rapport à l’entretien et la maintenance des plateformes pétrolières opérant en Afrique qui sont obligées d’aller plus au nord, dans les îles Canaries voire jusqu’en Norvège pour leur entretien ; et, enfin, en ce qui concerne l’activité sous régionale car (Nouadhibou est) à trois ou quatre jours de route de Bamako, à proximité de l’Algérie et du Maroc. »

Mieux, dans les nouveaux plans de développement, l’AN-ZF prévoit la constitution d’un pôle de compétitivité halieutique, mais elle prévoit également d’autres opportunités d’investissement dans les secteurs touristiques (avec une superficie de 328 ha), industriel, logistique, commercial (pôle de proximité, centres commerciaux) et tertiaire (quartier central des affaires, Technopole, Aérocité, centre de congrès). Au départ, la zone des Cabanons aura d’abord une clientèle locale. Mais l’AZFN voit plus loin : attirer aussi, à moyen et long termes, une clientèle internationale, notamment espagnole. Le schéma directeur et le plan de lotissement déjà élaborés ont permis la mise en œuvre de la première phase promotionnelle avec la vente de lots étendus sur 15ha. Les futurs hôtels pour accueillir les touristes étrangers pousseront tout le long de la route bitumée le long de la corniche de douze kilomètres dès le raccordement au réseau électrique.

Le regain d’activité, surtout nocturne que le visiteur remarque en ce début de 2019, donne un avant-goût de ce que sera la ville de Nouadhibou une fois atteinte la vitesse de croisière de tous ces grands projets prévus à l’horizon 2025. Déjà, en 2015, la commémoration de la fête de l’indépendance, pour la première fois depuis 55 ans hors de Nouakchott, avait montré la ville de Nouadhibou dans son nouveau look et contribué à diminuer encore plus le nombre de sceptiques quant à la pertinence de la transformation de cette ville d’une « capitale économique », sans bases réelles, en une zone franche porteuse d’espoirs après avoir suscité beaucoup d’interrogations sur son « irrationalité ».

Sneiba Mohamed