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Réponse d’un « journuliste » à un avocat : Ce que Noueigued et MSS n’ont pas dit

mer, 13/11/2019 - 08:45

La réplique de l’avocat Taleb aux propos, du reste très mesurés, du sieur Noueigued, est venue rouvrir le débat sur le bilan d’une décennie de « démo – gâchis ». Elle est un peu à l’image du dicton qui dit que le mouton ne doit pas déterrer le couteau avec lequel on va l’égorger. Et je crois, sincèrement, que si le Patron parti en villégiature, quelque part en Europe, a lu la réponse pimentée de MSS, il doit regretter que son « conseil » ait ouvert la boîte de Pandore. L’apprenti sorcier, pardon, l’avocat, a su comment déclencher la guerre (les phénomènes) mais il ne saurait comment l’arrêter.

Je n’ajouterai pas un mot à ce que MSS a dit, de manière fort éloquente, sur le désastre économique que l’homme aux deux coups d’État a légué à son ami, et dont on ne se remettrait pas de sitôt, sauf miracle, mais j’aimerais bien qu’on examine de plus près l’héritage politique d’Aziz. Alors puisque M. Taleb l’a fait, à sa manière, comptons les « réalisations » oubliées :

- Une monnaie changée dans des conditions d’opacité telles qu’à ce jour, personne ne sait vraiment pourquoi et comment on a « gagné » avec un « zéro en moins ». La vérité est qu’on perd au change depuis dix ans, avec une monnaie en chute libre…

- Un hymne à la place d’un autre. L’on nous dit que c’est pour nous secouer un peu, insuffler en nous plus de « ferveur » patriotique. Alors que ceux qui ont ressenti brûler en eux cette flamme de va-t-en-guerre lèvent le doigt !

- Un joli drapeau vert et jaune désormais bordé de rouge pour se rappeler que, nous aussi, on a eu notre « résistance ». Une « résistance » qui a failli diviser les mauritaniens tant elle brisait le consensus sur une histoire écrite sans passions et déterrée aujourd’hui pour être transgressée.

- Un sénat supprimé manu militari et dont le siège a été rasé pour être transformée en une « place de la liberté », chantée quelque temps comme la huitième merveille du monde mais vite oubliée.

- Et, le plus important, aux yeux de l’avocat de l’ancien raïs, ne pas avoir cédé aux sirènes du troisième mandat ! Là, vraiment, il s’agit de l’un de ces « mensonges rouges » qui ne passent pas, même chez nos tout petits. Tout le monde se rappelle que des ministres, des élus et des « crieurs » professionnels, comme qui vous savez, ont tenté vainement de faire la promotion de cette option alambiquée.

Le président avait laissé faire avant de comprendre, finalement, que ce énième forcing, aux allures d’un troisième putsch, était risqué parce que, dans son propre camp, beaucoup avaient hâte de le voir partir. Comme du temps de Taya, la coupe était pleine, avec cette différence qu’en dix ans, Aziz a eu le tact de prendre un raccourci pour ramener le pays là où son ancien mentor l’avait laissé.

C’est cette crise transformée en « normalité » qui rendait impossible, en réalité, le troisième mandat prétendument refusé. Vous avez en la Guinée Conakry l’exemple, actuel et incertain, de là où votre champion allait nous mener, s’il avait choisi la voie de l’entêtement. Sa « sagesse », contraire à sa témérité légendaire, est d’avoir compris, pour une fois, que personne ne se sauverait seul avec le coup d’Etat de trop.

C’est la fin de ce « nehj »  (voie) satanique que les Mauritaniens célèbrent aujourd’hui avec le président Ghazouani.  A chaque occasion.

Quand le président, qui déborde de sérénité macha Allah, reçoit au Palais des opposants qui en étaient « interdits » depuis une décennie ou presque.

Quand a cessé le tournis que nous donnaient des voyages sans but précis. Des dizaines de milliers de kilomètres parcourus, des milliards perdus.

Quand a disparu, aux premières semaines de cette aube nouvelle, cette peur qui habitait chacun d’entre nous, non pas parce que tout pouvait lui arriver, mais parce que le pays tout entier vivait « sous tension ».

Quand on a compris que Ghazouani ne ferait jamais de la confrontation ouverte, de la crise entretenue à dessein, un style de gouvernance mais privilégie l’ouverture et le dialogue qui sont l’essence même de la démocratie.

Le « mérite » de votre client est d’avoir compris que son entrée par infraction dans l’Histoire n’a été qu’une accumulation d’histoires (problèmes). Ces « perturbations » (drapeau, hymne, monnaie) que certains qualifient pompeusement de réalisations !!! Et d’avoir renoncé (oui, oui, ça c’est un mérite) à un troisième mandat qui allait lui être fatal parce que les mêmes conditions qui avaient conduit à la chute de Taya, en 2005, étaient réunies pour pousser l’armée à mettre fin, sans états d’âme, à ce qui n’avait été qu’une longue pause, pas une rupture.

Comprenez, cher Maître, que ceux qui défendent, comme vous, la « décennie des ténèbres » se font de plus en plus rares. Voyez ce qui se passe actuellement au sein du parti qui n’a jamais été au pouvoir, l’Union pour la République (UPR). Un parti transformé aujourd’hui en « gazra », et que le président sortant a pris soin de désarticuler, on ne sait à quelle fin.

La parole se libère et la tendance est à la critique. Un déballage qui ne fait que commencer. Un Exemple ? Cette directrice nouvellement nommée qui s’étonne que la société qu’elle prend en main soit si mal gérée ! On nous faisait prendre du vent pour du gaz. Un leurre qui semble avoir était la règle partout. Eau, électricité, goudrons, Ribat el bahr, l’usine de production de sucre, l’usine d’assemblage des avions, notre aéroport à deux millions de voyageurs par an, et j’en passe.

Je n’ai vraiment pas de conseils à vous donner, cher Maître, mais je pense qu’il ne faut pas remuer le couteau dans la plaie béante des réalisations fantoches. Je dirai seulement, comme feu Ely Ould Mohamed Vall, l’artisan de la  transformation avortée de notre démocratie : « ava Allahou an maa selev ».

 

Sneiba Mohamed, professeur et « journuliste »