Civilisation - Soudan: avant les pharaons noirs, un royaume | Elhourrya

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Civilisation - Soudan: avant les pharaons noirs, un royaume

lun, 07/12/2015 - 11:57

 En 2003, l'archéologue Charles Bonnet découvrait 7 statues de pharaons noirs. Aujourd'hui, à Kerma, c'est un royaume antique noir qu'il met au jour.

Alors que les archéologues se bousculaient en Égypte, il y a un demi-siècle, le Suisse Charles Bonnet choisit de creuser le sol au Soudan, presque en solitaire. À 81 ans, l'ancien archéologue cantonal de Genève n'a rien perdu de sa fougue. D'autant qu'il met au jour un royaume inconnu, totalement indépendant de l'Égypte, remontant à 2 500 ans avant Jésus-Christ. Une civilisation africaine sans comparaison avec ce que l'on connaissait jusqu'à présent, comme l'atteste l'illustration. Des dizaines et des dizaines de pieds de colonnes de soixante centimètres de diamètre, plantées les unes à côté des autres, devaient soutenir un palais monumental de 55 mètres sur 45. Quant aux colonnes, il y en avait, à l'origine, près de 1 400 ! « Avant d'être conquise par les Égyptiens, Kerma était une capitale nubienne, une ville africaine qui commerçait notamment avec des populations du pays de Pount, distant de plus de 1 000 kilomètres, sur les côtes de la mer Rouge. Elle recevait de l'or, de l'ébène, de l'ivoire, de la myrrhe, des peaux de léopard », raconte l'auteur de La ville de Kerma. Une capitale nubienne au sud de l'Égypte (*).

Chatouiller le nationalisme nubien

La mission helvetico-franco-soudanaise de Kerma-Doukki Gel ne se contente pas de déblayer des murs de briques crues, elle pourrait bien également réécrire l'histoire de cette région, surtout racontée pas les Égyptiens, qui ont parfois considéré les Nubiens comme des « barbares ». « Savoir que ses ancêtres étaient capables de bâtir des palais et des édifices religieux, cela donne une identité propre aux populations locales, quitte à chatouiller le nationalisme des Nubiens qui se sentent souvent marginalisés en Égypte », souligne Charles Bonnet. Côté français, cette mission, initiée par la commission de recherches à l'étranger du ministère des Affaires étrangères, est dirigée par Séverine Marchi, archéologue au CNRS et docteur en archéologie égyptienne. Chef de mission depuis 2014, Séverine Marchi travaille également sur les sites de Tell el-Herr (Nord-Sinaï), du Ouadi el-Jarf (mer Rouge) et sur le trésor de Chabaka à Karnak.Coalition africaine contre l'Égypte

Si le Nil coule paisiblement au nord du Soudan, en revanche, l'histoire de ce territoire n'a rien d'un long fleuve tranquille. La Nubie s'étend sur près de 1 300 kilomètres, entre Khartoum, la capitale du Soudan, et Assouan en Égypte. Kerma est située à mi-chemin, un peu au sud de la troisième cataracte. La capitale du royaume nubien de Kouch est fondée autour de 2 500 av. J.-C. La vile est conquise vers 1 450 av. J.-C. par les pharaons égyptiens de la 18e dynastie. Mais les populations parviennent, dans un premier temps, à chasser l'envahisseur. Puis, en faisant appel à des guerriers venant d'autres royaumes d'Afrique noire, du Kordofan, du Darfour, du pays de Pount, elles partent à la conquête de l'Égypte au VIIIe siècle avant notre ère. Ce sont les fameux pharaons noirs, qui vont dominer pendant quelques dizaines d'années à la fois la Nubie et l'Égypte. Sept statues de pharaons noirs

En 2003, Charles Bonnet a découvert sept statues presque intactes de pharaons nubiens de la 25e dynastie, dont certaines pèsent plusieurs tonnes, qui dormaient au fond d'un trou de trois mètres de profondeur, oubliées de l'histoire pendant deux millénaires et demi. Ces trésors archéologiques sont aujourd'hui exposés au musée de Kerma. Pour poursuivre l'histoire guerrière du territoire : les Égyptiens repoussent à leur tour, vers 660 av. J.-C., les Nubiens vers leur région d'origine, où ils vont (re)former un royaume original, synthèse des influences nubiennes et égyptiennes. « Regardez dans les tombes la position des squelettes, ce n'est absolument pas celle de que l'on retrouve en Égypte. Par ailleurs, vous constatez que leur architecture est circulaire et ovale », souligne Charles Bonnet, père d'une « contre-histoire soudanaise face à l'histoire égyptienne ».