Comme la nature a horreur du vide, l’éducation a horreur de l’injustice. | Elhourrya

video

Elhourriya Zoom

social

Comme la nature a horreur du vide, l’éducation a horreur de l’injustice.

lun, 14/03/2016 - 09:20

Aujourd’hui, j’ai décidé de parler de ce secteur qui a résisté à toutes les réformes entreprises depuis l’indépendance à nos jours. Je ne le fais pas pour moi, non. Car je n’attends plus rien de ce côté-là. Aujourd’hui, mes revenus proviennent, pour l’essentiel, de mes prestations pour un cabinet d’affaires et de relations publiques marocain et de journaliste free lance.

Je parle aujourd’hui pour dénoncer des injustices flagrantes. Pour dire les maux de l’éducation nationale. Evoquer ce qui, réellement, gangrène notre système éducatif.  Je parle pour ceux qui viendront après moi, après nous « les mangeurs de la craie ».

Réformer, ce n'est pas construire des écoles, penser et repenser les programmes. Ce n'est pas non plus décréter une "année de l'éducation", qui s'étalera par la suite en un long cycle de paroles sans les actes. Ce n'est pas non plus changer de ministre. Le problème, plus profond qu'on ne le pense, se trouve ailleurs.

Tant que le sacro-saint principe de la sanction et de la récompense n'est pas appliqué à la lettre, aucune réforme ne prendra. Les enseignants ne sont pas dépourvus de dignité. Ils savent répondre aux mépris par la négligence. Ce que l'on considère aujourd'hui comme un laisser-aller est la réaction naturelle au manque de considération pour une profession considérée sous d'autres cieux comme des plus nobles. Vus comme des gueux, mal payés mais surtout "infiltrés" par des hordes de sans diplômes recrutés, comme à l'armée il y a vingt, trente ans, et formés à la va-vite, les enseignants versent, eux aussi, dans la médiocrité ambiante. C'est ce que j'ai fait quand, après deux brillantes années au lycée de Boghe (une trentaine d'admis à chaque fois avec le premier au bac), j'ai vu que le ministère prenait par le bas pour nommer des directeurs, des inspecteurs et des conseillers. C'était encore l'époque de Taya mais celle de ses successeurs n'a rien changé. Je pense même que le comble a été atteint avec ce pouvoir-la. Parce que le règne de la médiocrité a progressé comme un cancer. Imaginez une administration où personne n'est à sa place. Un professeur adjoint qui dirige l'un des plus importants projets du département voire du pays tout simplement parce qu'une personne très haut placée le considère comme son "marabout" ! Un instituteur de quatrième échelon qui coiffe, du haut de son inexpérience, des professeurs qui ont atteint le plafond (11eme échelon). L'injustice ne s'arrête pas seulement aux relations verticales (le diplôme, le grade, la compétence), mais sont aussi horizontales. A Aleg, par exemple, les directions des écoles de la ville sont la chasse gardée des "fils de chefs". Pas une seule exception et cela ne date pas d'aujourd'hui. Un ami, sortant de 1988, ayant subi une opération du cœur en Tunisie, est maintenu à son poste de Chaam (30 km au sud d'Aleg) alors qu'un instituteur adjoint soutenu par de "longs bras" gère l'une des plus anciennes écoles de la ville !

Cet aspect de l'injustice criante, qui sévit à l'éducation depuis la nuit des temps, peut être réglé avec un peu de bonne volonté. Il suffit, comme je l'ai dit tantôt, d'appliquer la règle de la sanction et de la récompense. Mais il faut d'abord que le ministère dispose d'une base de données fiable pour savoir qui est qui et qui fait quoi ?

L'autre aspect est plus général. Il relève de la seule volonté du président de la République et de son gouvernement. Il s'agit de reconsidérer les traitements et avantages attribués au corps "paramilitaire" des enseignants. Comme il l'a fait pour l'armée, Aziz doit inciter ces derniers à rester au service de la noble cause qu'est l'éducation et à se donner corps et âme pour en relever la qualité. Le gouvernement doit comprendre qu'avec des salaires de misère, cela est loin d'être évident. Moi qui suis à moins de dix ans de la retraite (donc peu intéressé par un secteur que j'ai pratiquement délaissé pour celui de la communication), je sais que les enseignants ont pour devises : donnez-nous de la considération et de bons salaires, on vous donne une bonne éducation. Toute "année de l'éducation" passe par là, toute réforme aussi. Le reste n'est que chimères.

 

Sneiba Mohamed