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Dialogue politique : Fuite en avant ou simple bluff ?

mer, 23/03/2016 - 12:28

 A l’heure où les partis de l’opposition radicale regroupés au sein du FNDU (Forum national pour la démocratie et l’unité) disent attendre la réponse écrite du pouvoir par rapport à la feuille de route qu’ils lui avaient présenté en 2015, le président Mohamed Abdel Aziz déclare que le dialogue politique aura lieu avec ou sans la présence du FNDU.

Ce que les opposants considèrent comme un remake de scénarios déjà concoctés sans succès, s’étonnant de cette quadrature du cercle dans lequel le pouvoir mauritanien se complaît à s’enfermer. Pour eux, ou le régime de Mohamed Abdel Aziz poursuit sa fuite éperdue en avant ou bien il bluffe, pensant pouvoir créer une scission au sein d’un des plus importants blocs d’opposants.

Prenant comme prétexte la visite d’un chantier scolaire et d’un dispensaire dans deux départements populeux de Nouakchott, Riadh et Toujounine, le président Mohamed Abdel Aziz s’était exprimé la semaine dernière à la presse, soulignant que le dialogue politique aura lieu incessamment avec les parties qui accepterons d’y prendre part.

Cette déclaration semble ainsi fermer définitivement la porte au principal rassemblement de l’opposition, le FNDU. Pourtant, Mohamed Abdel Aziz n’en serait pas à son premier essai, car selon un militant chevronné de l’opposition, «chaque fois qu’il lance un dialogue sans le FNDU, il revient toujours à la case de départ, pour demander de nouveau des contacts avec le FNDU ».

Une quadrature du cercle dans lequel le régime cherche à s’enfermer, soulignent certains observateurs, qui s’étonnent du jeu vicié du pouvoir qui réclame toujours un dialogue politique auquel il ne croit réellement pas.

Ce fut le cas notamment en septembre 2015, rappellent certains analystes politiques, lorsque devant le refus du FNDU à se plier au dialogue sans condition de Mohamed Abdel Aziz, ce dernier convoqua un dialogue qui sera vite transformé en forum de concertation, lorsque tous les partis membres du FNDU décidèrent de le boycotter. Même le simulacre manigancé pour tromper l’opinion en lui montrant des chaises vides portant les noms des différentes formations de l’opposition radicale n’avait pas réussi à faire de la rencontre du 7 septembre 2015 au Palais des Congrès un succès.

«Ce fut au contraire un lamentable et honteux fiasco » fait-on remarquer au FNDU. Tout au plus, selon ses partisans, «le Premier ministre s’est enfermé dans son propre piège en promettant des assises aux partisans du dialogue sans le FNDU qui n’auront jamais lieu ». Résultat, le dossier du dialogue sera retiré des mains du Premier ministre pour être confié à son pire adversaire politique, le ministre Secrétaire général de la présidence de la République. Jugé plus futé que le PM et surtout plus subtil dans ses démarches avec le FNDU, Moulaye Ould Mohamed Laghfdaf malgré ses dispositions à parvenir à un accord consensuel, sera dérouté par les faucons du régime, ceux qui ne souhaitent pas tout simplement de dialogue politique ni de participation aux affaires avec le FNDU.

Le retour au statu quo ante pour un éternel recommencement d’un fantomatique dialogue politique en Mauritanie semble être devenu le menu le plus partagé par les observateurs. Ainsi, la rencontre récente entre le président Mohamed Abdel Aziz et Messaoud Ould Boulkheïr, par delà des doléances personnelles relatives à la situation financière du Conseil économique et social qu’il préside et de son personnel, aurait abordé l’immuable question du dialogue.

Le président de l’Alliance Populaire Progressiste (APP) serait resté sur sa position, à savoir l’impérieuse nécessité pour le pouvoir d’engager un dialogue politique inclusif avec toutes les parties prenantes en Mauritanie. Messaoud Ould Boulkheir, fidèle à ce principe, avait ainsi boycotté les assises de septembre 2015 au Palais des Congrès de Nouakchott, bien qu’il appartienne à un autre regroupement de l’opposition longtemps jugé plus proche de Mohamed Abdel Aziz.

Cette brusque intrusion de Mohamed Abdel Aziz dans le dossier du dialogue politique qu’il gère avec exclusivité, de l’avis général, s’expliquerait par les sorties musclées du FNDU récemment à Nouakchott et dans les régions orientales du pays. Le regain de popularité qui semble avoir marqué les sorties de l’opposition radicale et les succès enregistrés au cours de ses meetings, malgré le sabotage mené par les autorités administratives, les membres du gouvernement et l’UPR, aurait ainsi déclenché la réaction abrupte du pouvoir.

Ainsi, la récente courte visite à Riadh et à Toujounine, et la tournée programmée de Mohamed Abdel Aziz dans le Trarza, ne seraient que des réponses à la campagne menée actuellement par le FNDU qui préparerait une autre sortie à Nouadhibou.

D’aucuns s’étonnent qu’au moment où la démocratie fait ses preuves au Niger, au Bénin et au Sénégal, où des élections et des référendums constitutionnels s’organisent dans l’esprit de l’alternance pacifique au pouvoir, l’horloge de la Mauritanie reste encore bloqué à la date de juillet 2009, date de la dernière présidentielle consensuelle qui devait être suivi par un dialogue politique inclusif qui risque de n’avoir jamais lieu.

 

Source : L’Authentique (Mauritanie)