Financements : Beaucoup d’argent et de…misère | Elhourrya

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Financements : Beaucoup d’argent et de…misère

dim, 03/04/2016 - 23:45

Au moment où l’on évoque une énième visite du président Mohamed Ould Abdel Aziz au Hodh Chargui, cette «réserve » électorale qu’un pouvoir ne peut ignorer, la signature de plusieurs accords de financements avec des fonds arabes sont destinés au développement du nord et du sud. Deux lignes d’interconnexion électrique entre Nouakchott et Nouadhibou et la Mauritanie et le Sénégal. Quelque chose comme 50 milliards d’ouguiyas, alors que le projet, vital, d’approvisionnement des régions de l’est en eau potable (Dhar) peine à être réalisé. En termes propres, cela s’appelle de la provocation.

Certes, le retour des financements arabes est de bons augures, pour l’année 2016, mais il y a de fortes craintes de voir perdurer la situation de crise dont les conséquences sur le mode de vie des populations sont visibles à l’œil nu.

Ce qu’il faut comprendre à la longue, c’est cette situation équivoque : Les financements arrivent, c’est certain, mais la misère s’accentue de jour en jour. Les populations ne cachent plus leur désarroi face à l’incapacité du gouvernement à bien gérer la manne provenant de l’aide publique au développement (APD) mais aussi des investissements directs étrangers (IDE). Trop de programmes, tue les programmes, serait-on tenter de dire, pour paraphraser le dicton qui dit « trop d’impôt tue l’impôt ». C’est une impression de dispersion généralisée qui empêche les mauritaniens d’avoir une vision claire de l’action du gouvernement qui ramène tout au programme électoral du président Aziz, sans que l’on sache, véritablement, par où commencer et où s’arrêter. Au niveau de Nouakchott, l’orientation des investissements (sur financement de l’Etat ?) vers les infrastructures routières et les lotissements sociaux (pour mettre fin au phénomène des gazras) ainsi qu’à une supposé amélioration des services de santé ressemble à cette face visible de l’iceberg qui n’arrive pas à cacher l’océan de misère et de détresse de la plupart des populations vivant dans les quartiers périphériques de Nouakchott. Y compris ceux qui font la « fierté » du gouvernement considérant qu’ils sont l’antithèse de tout ce que les régimes précédents avaient entrepris dans le domaine de l’habitat social. Les « performances » évoquées très souvent par les membres du gouvernement, et par l’élite politico-économique favorable au régime, ne peuvent servir de trompe la faim à des citoyens qui tirent le diable par la queue et ne comprennent plus rien à la propension de leurs gouvernants de tout regarder suivant le prisme déformant des données macroéconomiques et non de leur vécu. Le riz, le sucre, le blé et l’huile coûtent tellement chers aujourd’hui que l’on ne prête plus attention à ces goudrons se voulant une pâle imitation de ceux des grandes villes d’Europe, d’Amérique, d’Afrique et d’Asie. Une telle « attraction » (que les Nouakchottois ont pris l’habitude d’appeler « les goudrons d’Aziz ») n’attire plus les regards et les commentaires de ceux qui voyaient déjà les chantiers du « changement constructif » faire de leur capitale le New York de l’Afrique ! Les misères de la vie, l’incapacité pour bon nombre de pères de famille de joindre les deux bouts, même quand ils versent dans le système D (chauffeurs de taxi, à mi ou plein temps, courtiers dans le monde compliqué de l’immobilier et des bourses de voitures, « Nokta sakhina » ou « marché Tieb-tieb »), font dire à la plupart de ces « damnés de la terre » qu’il faut bien que le gouvernement change de fusil d’épaule et pense à l’essentiel. Goudrons et nouvelles villes (Ribat El Bahr, Chami, Termessa, Nbeïket Lahwach, Rosso) peuvent attendre que passe la tempête. La famine sévirait dans nos campagnes et ce n’est pas en pensant à rattraper le temps perdu, dans le domaine des infrastructures qu’on s’attirera les voix pour une « rectification » de la constitution, de plus en plus probable. Quand on a des préoccupations de survie, on pense rarement à la politique. Alors, un troisième mandat, on s’en fout quand il faut continuer à entretenir un gouvernement et une administration de fainéants.

Sneiba Mohamed