Le dialogue : la panacée (réaction) | Elhourrya

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Le dialogue : la panacée (réaction)

mar, 12/04/2016 - 18:36

J’ai lu, en fervent admirateur, l’analyse très relevée, à tous points de vue, du ministre Mohamed Haibetna Ould Sidi Haiba dans laquelle il est question du dialogue, d’Aziz, des « aziziens » mais surtout de la manière dont le pays est géré par cet homme aux manières très controversées. Loin de moi la volonté, le rêve même, de pouvoir m’essayer à la prose admirable de cet intellectuel hors pair, ni même prétendre analyser ses idées lumineuses sur le dialogue, l’état (actuel) de la Nation et la stratégie d’Aziz pour prolonger son règne. Malgré mes insuffisances, je ne peux m’empêcher cependant de faire quelques petites remarques.

Mohamed Haibetna Ould Sidi Haiba a « accompagné » le pouvoir qu'il fustige aujourd'hui trois années durant (il était président de la HAPA jusqu'en 2011). Alors quelques esprits malveillants peuvent bien se demander pourquoi cette sortie maintenant ? Est-ce parce que la traversée du désert a trop duré ? Ou bien, est-ce parce qu’il a fait son choix se disant que mieux vaut tard que jamais ? D’autres mauvaises langues peuvent aller plus loin dans leurs insinuations pour dire que Haibetana a pris, résolument le parti de l’homme d’affaires Ould Bouamatou contre son cousin de président, quand on voit que, dans un commentaire sur Facebook, l’un des proches du patron de BSA, également ancien ministre, appelle à « la traduction et à la diffusion la plus large possible, de la remarquable analyse » ?

Il faut reconnaître cependant que Mohamed Haibetana Ould Sidi Haiba fait preuve de courage politique en annonçant, avec fracas, par le biais de cet article, son ancrage dans l’opposition (intellectuelle) à un régime des plus honnis. Jusque-là, c’est le chemin inverse qui a été emprunté par tous ceux qui, intellectuels ou politiques, ne peuvaient plus supporter de vivre loin des cercles du pouvoir. Le choix est conséquent (conséquence) d’une situation donnée. Surtout dans un pays comme la Mauritanie où l’on ne naît pas opposant, mais on le devient.

L’autre observation que je fais sur la « sortie » de son Excellence porte sur la formulation même du titre. Quand lui s’interroge sur le dialogue et sa finalité, moi je le pose comme nécessité. Le soupçon de pessimisme dont il fait preuve, quant à la nécessité de dialoguer avec un pouvoir félon est-il un appel aux « solutions radicales » (un coup d’Etat, par exemple) qui se présentent toujours comme le dernier recours en Mauritanie ? Ou bien voudrait-il que l’opposition, les « oppositions », laisse la situation pourrir sans être sûre de ses conséquences ?

 L’argumentaire qu’il développe dans ce sens est sans faille. Le dialogue proposé par le pouvoir est un jeu d’ombre et de lumière. Depuis 2008, Aziz joue et gagne. Il a affiné sa stratégie en mettant en avant l’appel à un dialogue qu’il a toujours voulu sur mesure. En 2008 comme en 2011. Et quand l’opposition donne son accord de principe, il gagne du temps en avançant le pion Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, le ministre secrétaire général de la Présidence, puis le Premier ministre Yahya Ould Hademine.

Malgré ces actes de félonie, l’opposition ne doit pas refuser le dialogue. Elle est appelée seulement à tirer la leçon qui s’impose de ses déboires passés et comprendre qu’il ne s’agit pas d’un sprint vers le pouvoir mais d’une course de longue haleine. Le ministre a raison de dire qu’il ne faut pas affronter Aziz (ni même dialoguer avec lui) en rangs dispersés. Son régime a fait preuve de perfidie depuis 2008, brouillant les cartes d’une opposition minée par ses divisions internes et infestée de taupes (suivez mon regard).

Si l’on comprend que tous les échecs de l'opposition sont le fruit d'un excès de confiance doublé d'ambitions personnelles, il devient clair que la stratégie pour faire partir le pouvoir actuel n'est pas dans le refus du dialogue. La crainte que ce dernier ne soit qu'un faire-valoir pour Aziz est justifiée mais elle impose seulement plus de conviction et de prudence pour ne pas se laisser prendre au piège du général-président une énième fois. Aux opposants, l'on peut dire donc : dialoguer avec raison en étant dépourvu de vos passions.

Sneiba Mohamed