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Démocratie : l’Afrique résiste

ven, 15/04/2016 - 15:58

L’Afrique vit au rythme des élections : Burundi, Rwanda, Congo, Niger, Sénégal, Tchad, RDC…Mais ce qui devait être considéré comme un signe de vitalité démocratique est vu plutôt comme un retour à l’avant Discours de la Baule du 20 juin 1990. L’aide de la France et, de manière générale, celle de l’Occident, n’étant plus ce qu’elle était, l’Afrique prend ses distances avec une démocratie qui « ne se mange pas ». Elle cherche surtout à s’adapter au lieu d’adopter. Avec des résultats mitigés.

Le Bénin a encore une fois montré sa volonté d’aller de l’avant pour consacrer l’alternance au pouvoir comme le premier des principes d’une démocratie participative. Le retrait de Thomas Boni Yayi, après deux mandats successifs mais surtout la défaite de son dauphin, le Premier ministre Lionel Zinzou, ont montré que les Africains savent jouer le jeu quand les mécanismes des élections sont bien huilés. A côté, et presque en même temps, le Niger constituait l’antithèse de ce succès démocratique dont l’Afrique s’enorgueillit. Le président Amadou Issoufou triomphait dans un deuxième tour alors que son challenger, Hama Amadou, président de l'Assemblée nationale du Niger de 2011 à 2014, et deux fois Premier ministre, avait été transféré de sa prison vers un hôpital parisien ! Au lieu de condamner cette élection surréaliste dans un pays du pré carré français, menacé par les djihadistes et vivant sous haute tension sociale, l’Union européenne parle d’élections « inédites ». Autant dire que c’est là un aveu d’impuissance d’une Europe qui, face à ses propres problèmes (terrorisme, immigration, crise économique) laisse l’Afrique avancer à son propre rythme.

Pour les pays africains, anciennes dépendances de la France, le discours de La Baule prononcé par le François Mitterrand, le 20 juin 1990, dans le cadre de la 16ème conférence des chefs d’État d’Afrique et de France, un nouveau modus vivendi s’instaure. La démocratie est un choix irréversible certes mais chaque pays l’adapte à sa situation propre. Ce n’est plus une « recette » découlant des relations entre la France et l'Afrique ou du regard des Etats unis d’Amérique sur le monde. On peut même dire que l’Afrique « résiste », comme le font des pays arabes où la démocratie a été rejetée de manière violente (Libye, Syrie, Yémen, Irak). L’adaptation aux contextes spécifiques, comme au Rwanda et au Congo, est présentée comme la panacée contre les nouveaux maux de l’Afrique. Le modèle occidental des deux mandats est ainsi remis en cause par une sorte de « sous évaluation » temporelle qui ne manque pas de pertinence. Car si le président élu en Europe ou aux USA arrive pour assurer une continuité, son homologue africain amorce, souvent, un nouveau départ.

Cependant, dans ses grandes lignes, le Discours de La Baule reste d’actualité. Et Roland Dumas a parfaitement raison d’avoir dit, un jour, que « Le vent de liberté qui a soufflé à l’Est (en 1889) devra inévitablement souffler un jour en direction du Sud (...) Il n’y a pas de développement sans démocratie et il n’y a pas de démocratie sans développement». Ce dernier aspect est essentiel.

Les relations avec l’Afrique sont sorties d’un contexte de Guerre froide, fondées sur une sécurisation des approvisionnements sans réelle considération pour le respect des droits de l’homme et de la démocratie de la part des pays exportateurs, pour entrer dans celui d’un enfermement de l’Europe sur elle-même. Cette attitude explique, en partie, la montée en puissance de la Chine et de l’Inde avec, comme corollaire, la « résistance » de l’Afrique au changement. Si le Discours de La Baule représentait un pas en avant vers la conditionnalité des échanges, poussant les pays d’Afrique à accélérer leur processus de démocratisation, le rétrécissement de l’APD et la fermeture des frontières de l’Europe expliquent la remise en cause des préceptes démocratiques et l’apparition des nouveaux périls.

Sneiba Mohamed