La tentation de modifier la constitution sera-t-elle l’obstacle à un nouveau dialogue en Mauritanie ? | Elhourrya

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La tentation de modifier la constitution sera-t-elle l’obstacle à un nouveau dialogue en Mauritanie ?

ven, 15/04/2016 - 17:51

La scène politique mauritanienne bruit, à nouveau, d’informations sur un nouveau dialogue politique entre le pouvoir, représenté par le gouvernement et les partis de la majorité, et les formations de l’opposition qui, une fois encore, paraissent n’avoir pas de « vision commune » sur les conditions et moyens de mise en œuvre du dialogue attendu.

Alors que le Forum national pour la démocratie et l’unité (Fndu) pense être en mesure de pousser le pouvoir à faire des concessions, sur certaines questions qui fâchent, le Rassemblement des forces démocratiques (Rfd) continue, lui, à faire preuve d’intransigeance affirmant que le pouvoir ne tient jamais paroles et doit, en conséquence, donner des gages de son sérieux avant d’envisager toutes nouvelles discussions.

Ces divergences au sein même de l’opposition ont poussé le pouvoir à chercher à tirer profit du diction qui dit « diviser pour régner » et à chercher, pour cela, à engager un dialogue avec les partis politiques de l’opposition qui le veulent. Seulement, des signaux, venant de l’intérieur aussi bien que de l’extérieur, ont montré au pouvoir que cette démarche, et plus particulièrement, la mise à l’écart du Rfd, laissera la situation telle qu’elle est depuis les fameux accords de Dakar de 2008. Accords que l’opposition continue à citer à chaque fois qu’elle cherche une preuve de la « mauvaise foi » du pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz.

Pour donner la preuve du sérieux de son nouvel appel pour le dialogue, le président de la République a choisi la personnalité très controversée de Messaoud Ould Boukheir, président de l’Alliance populaire progressiste (APP) pour transmettre à l’opposition un message non chiffré faisant comprendre que le pouvoir est décidé à organiser un dialogue dans les deux prochains mois.

Et pour donner plus de chance à la participation de toutes les parties, le gouvernement a décidé de reconnaitre les divergences de points de vue sur la question entre les différents groupes, en envoyant une lettre écrite au FNDU, avec tous ses partis et composantes, ainsi qu’au RFD qui, semble-t-il, préfère rester en dehors de la coalition qu’il a quitté il y a quelques mois.

La guerre des tranchées

 

La volonté du pouvoir d’organiser un dialogue inclusif dans deux mois signifie-t-elle que le président de la République va démentir, lors de la prochaine visite au Hodh Chargui, la rumeur d’une éventuelle modification de la constitution lui permettant d’aller au-delà des deux mandats ? Cette possibilité est confortée par les affirmations faites ces jours-ci par certaines personnalités politiques ayant rencontré Ould Abdel Aziz et rapportant sa volonté de respecter le serment fait lors de son investiture en 2014. Alors, ce que les ministres avaient avancé, dans le sens du troisième mandat, relève-t-il, comme ils l’ont dit, d’un « avis personnel » ?

La déclaration du président lors de cette visite, sera, le minimum requis, pour que l’opposition qui a mis fin à tout contact avec le gouvernement, suite aux sorties de certains ministres, pour que le dialogue ait des chances de se tenir.

Les appels qui pourraient venir aussi des populations du Hodh demandant à Ould Abdel Aziz de rester seront également un embarras pour lui puisque, on se rappelle, qu’il avait déclaré, lors d’une conférence de presse : « je n’ai pas de barbe mais je ne mens pas » !

Si l’on s’en tient à ce qui précède, on peut dire alors que la révision de la constitution dont on parle tant ces jours-ci, ne sera pas un obstacle pour le dialogue. Pas même comme certaines exigences de l’opposition que le pouvoir serait prêt à discuter.

Alors les appels pour la révision de la constitution ne seraient qu’un ballon d’essai pour voir la réaction de la rue et de la classe politique, ou encore, une manière de détourner l’attention de l’opinion publique nationale de la grave crise économique que connait le pays en ce moment et dont les citoyens payent le prix fort avec la cherté de la vie.

Et pour que cela soit, deux ministres avaient été choisis pour jouer le rôle du lièvre précipitant ainsi une partie de l’opposition derrière eux, plus précisément, derrière leurs déclarations tonitruantes, et permettant un retour de celle-ci à ses positions d’antan, ce qui peut être considéré comme un nouvel « acquis » politique pour le pouvoir qui arrive de la sorte à sortir de la position délicate où il était poussé à réagir : attendre un meeting de l’opposition pour que des ministres soient envoyés « en mission » pour le perturber, guetter un communiqué du Fndu pour que l’Upr réponde ! Une guerre des tranchées où aucun camp ne sort vainqueur ou ne peut avancer.

Mohamed Néma Omar